Hommage à Bertrand Tavernier, cinéaste lyonnais

Que dire de plus à l’hommage de Bertrand Tavernier, ce Monsieur Cinéma ?
Peut-être des souvenirs d’un modeste cinéphile lyonnais qui a eu plusieurs fois l’honneur de le rencontrer au cours des séances à l’Institut Lumière et au cours du Festival Lumière où il assistait, parmi le public, toujours curieux à des films qu’il ne connaissait pas encore ou qu’il revoyait pour le plaisir ? Combien de fois a-t-il présenté de films à Lyon ? Je ne saurais le dire mais, à chaque fois, c’était un enchantement d’écouter ce passionné de cinéma qui apportait toujours sa touche personnelle et ses connaissances gargantuesques sur le cinéma américain et français.
Bertrand Tavernier est né à Lyon, en pleine Seconde Guerre mondiale, en 1941. Fils de l’écrivain et résistant René Tavernier, il découvre le 7ème art lors d’un long séjour à Saint-Gervais, en Haute-Savoie, pour être soigné de la tuberculose. C’est là qu’a lieu son premier éblouissement cinématographique avec la projection de « Dernier atout » (1942), une comédie policière enlevée de Jacques Becker, un de ses cinéastes fétiches.
En 1970, ce passionné de cinéma cosigne avec Jean-Pierre Coursodon un livre qui deviendra référence : « Trente ans de cinéma américain » (réédité en 1991 sous le titre « Cinquante ans de cinéma américain », ouvrage de 1268 p.).
En 1974, son premier long métrage « L’horloger de Saint-Paul » reçoit le prix Louis Delluc. Ce film, adapté d’un roman de Georges Simenon, se déroule à Lyon et raconte les efforts d’un horloger un peu embourgeoisé pour regagner l’amour de son fils qui a tué un gardien d’usine. Ce film magnifie Lyon, ville à la réputation bourgeoise et fermée. D’après Bertrand Tavernier, ce film aurait été un déclic auprès de certains élus pour apprécier enfin la beauté de leur ville, en pleine période pompidolienne destructrice des centres villes abandonnés au tout-automobile. Seul un autre film a été tourné à Lyon en 1980 : « Une semaine de vacances » où nous voyons à un moment donné, Michel Galabru au volant de sa voiture rouspéter contre l’horrible échangeur de Perrache, triste héritage d’un maire bétonneur.
Cinéphile absolu, il explora toutes les facettes et tous les genres du 7ème art : historique avec « Que la fête commence » (1975), « Le Juge et l’assassin » (1976) et « La Princesse de Montpensier » (1999), film policier (L.627, 1992), film d’aventure (La Fille de d’Artagnan, 1999), film noir sous fond de colonialisme et de racisme (Coup de torchon, 1983), film de guerre (Capitaine Conan, 1997), documentaire avec Patrick Rotman (La Guerre sans nom, 1991, sur la guerre d’Algérie), comédie politique (Quai d’Orsay, 2013), etc.
Bertrand Tavernier s’était engagé dans de nombreux combats : contre la censure, défendant les sans-papiers, réclamant la fin de la loi du silence sur la guerre d’Algérie, vitupérant contre la colorisation des films, pour la redécouverte de scénaristes oubliés comme Jean Aurenche et Pierre Bost, contre les coupures de publicité pendant la diffusion des films à la télévision.
Ainsi, son amour du cinéma, son combat pour la préservation et la transmission des films ne pouvaient que l’entraîner à devenir le président de l’Institut Lumière, la précieuse cinémathèque de Lyon. Comme tout cinéphile qui se respecte : « Une rue du Premier film ne peut exister qu’à Lyon ».
De sa ville natale, Bertrand Tavernier disait : « Lyon m’a appris un enracinement dans un lieu. Je suis provincial et content de l’être, je ne suis pas parisien ». Depuis quelques années, affaibli, ne trouvant pas les moyens financiers pour lancer un tournage il confiait fataliste malgré son statut de réalisateur reconnu : « J’en ai ma claque de mendier pour arriver à faire des films ».
Pour terminer en beauté, il a quand même pu nous offrir en 2016 un très long documentaire dans lequel le réalisateur revient sur sa vie à travers les nombreux films français qu’il affectionne : « Voyage à travers le cinéma français », une merveille pour découvrir de nombreuses pépites cinématographiques françaises. Je ne peux que conseiller à vous pencher sur cet œuvre monumental et espérer que le cinéma sera toujours vivant pour nous apporter toujours de nouvelles sensations.

Maurice Balmet