Il est temps d’agir

Symbole de désobéissance et d’entraide entre les humains, Carola Rackete a sauvé la vie de quarante migrants avec le bateau Sea Watch 3. Passée aux actes, elle a bravé l’interdiction de débarquer à Lampedusa (Sicile). Son livre* apporte de l’espoir.

Si des gens viennent se réfugier en Europe, c’est qu’il leur faut bien survivre à la destruction des écosystèmes et à la violation de leurs droits. Les militai­res assassinent massivement dans leurs pays d’origi­ne. Les courageux migrants fuient la violence. Leur nombre était évalué à sept millions par le Centre de surveillance des déplacements internes, rien que pour le premier se­mes­tre 2019 et à l’intérieur des fron­tières (inondations aux Philip­pines, Éthiopie, Bolivie, Iran ; cyclones dans le golfe du Bengale, en Afrique australe…).
À quel degré de misère faut-il arriver pour traverser la Méditerranée, entassés dans des canots pneumatiques ? Les pays européens alimen­tent la guerre en Libye (gros­ses réserves de pétrole et de gaz). Que valent toutes ces morts pour les milliardaires, barricadés dans leurs palaces. Contrôle des médias, propagande raciste, extrême corruption ne suffisent pas. Les opérations de la force Eunav­for Med ou de Frontex, les satel­lites et les drones au-dessus de la Méditerranée, généralisent la cruauté des troupes serviles.
Carola Rackete et l’équi­page de son bateau ont sau­vé des humains en détresse, risqué la prison, rappelé le droit à la vie (article Premier de la Déclaration universelle des droits humains). Aucun État n’a pu se construire sans l’apport des migrants.
Les pays « riches » bafouent le devoir d’asile, consomment à l’excès, crèvent les plafonds de pollution de l’air, émettent trop de CO2, explosent le climat. Comment survivre à la perte des récoltes, à la pé­nurie d’eau potable, aux conflits sociaux exacerbés par les armées et milices ? Parcourir de longs trajets sans un sou, ré­sister à la mise en esclavage, à la prostitution, aux trafics les plus sordides des passeurs, que d’exploits pour ces migrants !
Quelle horreur que les camps de réfugiés : conditions d’hygiène déplorables, barbelés, manque de chauffage (nuits très froides), d’eau, violences quotidiennes, suicides, exécutions, etc. Médecins du monde désespère à Moria, la pire des prisons (île de Lesbos, Grèce). Ces lieux de maltraitance organisent l’oubli.
À Calais, « la police arrose la nourriture des réfugiés de spray au gaz poivre et lacère leurs tentes pendant la nuit ». À la frontière bulgare, elle les abat par balles.
Qui sait que l’argent en­voyé dans leur pays d’origine par les migrants dépasse l’aide au développement ? De plus, elle atteint directement les personnes qui en ont vraiment besoin. Comment refuser l’asi­le si les États nient le droit ? La vie ne se réduit pas à la déli­vrance d’un titre de séjour. L’hos­pitalité et l’amitié sont les seules vraies richesses.

Destruction
de l’environnement
Dans les années à venir, l’Occident sera touché. La catas­trophe climatique oblige­ra à des migrations. Gouver­ne­ments, armées et administrations resteront-ils impunis ? Les groupes du pétrole, de l’éner­gie et de la finance doivent assumer clairement leur part de responsabilité dans la situation actuelle.
« Les usines polluent et em­poisonnent l’eau potable, l’industrie agroalimentaire épuise et dégrade les sols. À cela s’ajoutent les autres effets du changement climatique que sont la salinisation des terres, l’absence de précipitation, l’intensification des sécheres­ses ainsi que la submersion des régions côtières due à l’élévation du niveau des mers, elle-même provoquée par la fonte des glaciers et l’arrivée d’eau chaude. »
Les privilégiés de l’argent (5 % des sept milliards d’humains) gaspillent 25 % des ressources. Ils voient la nature comme une marchandise. Ignorent-ils que la calotte glaciaire arctique se réchauf­fe deux fois plus vite que le reste du globe ? « Les per­gélisols dégèlent, les glaciers fondent et disparaissent, les canicules et inondations sont toujours plus fortes, les tempê­tes font des morts. Davantage d’espèces se sont éteintes. Davantage de forêts ont été défrichées, de fleuves pollués, de plastique dans l’océan. » Le réchauffement est exponentiel et irréversible. Or, le corps humain a un seuil de tolérance vis-à-vis de la cha­leur : l’hyperthermie, un danger mortel ! D’où davantage de réfugiés.
Médias et douaniers ont peur du ridicule. Les fascistes et l’armée croient tenir le gouvernail par la violence. Or, le pacifiste Albert Einstein précisait qu’un problème ne peut pas se résoudre avec les modes de pensée qui l’ont engendré.
Échapper au suicide collectif, s’engager pour le désarmement unilatéral immédiat, gé­néraliser la non-violence, la créativité et l’humour prennent à total contre-pied les militaristes.
L’emploi de la force sou­lève l’indignation et des prises de conscience massives. Si l’armée ne s’invente plus d’en­nemis, s’ouvre une voie royale pour humaniser et régénérer les écosystèmes.
Traiter les migrants avec respect et dignité va de soi. Ça ne tient qu’à nous ! En prime, sortir de l’esclavage militaire vide les prisons, ôte les voitures des centres-villes, apporte un air plus respirable, une alimentation sans pesticides ni souffrance animale…
La pandémie mondiale montre que le réseau du vi­vant ne supporte plus les pré­jugés. Notre survie repose sur un changement de valeurs. Supprimer l’armée privilégie la communauté sociale, la san­té, un revenu et un logement pour tous.
Il n’est que temps de dé­sobéir et d’agir.
Albertine Louvrier