GIONO PACIFISTE

Chaque année l’Association des amis de Jean Giono publie un numéro de la Revue Giono. Dans le numéro de 2020, Jacques Mény consacre un dossier complet à l’époque controversée de la vie de l’écrivain de 1939 à1945. Il écrit : « L’ attitude de Giono au cours de cette période suscite depuis la Libération des attaques sans nuances, souvent injustes et quelques fois violentes, qu’elles se fondent sur des faits attestées, des témoignages contradictoires ou des rumeurs infondées à la vie dure... la réputation faite à Giono d’avoir été un écrivain collaborationniste reste ancrée dans beaucoup d’esprits mal informés ou désinformés. » C’est à l’occasion de l’exposition du Mucem à Marseille que les pièces du dossier Giono conservées aux Archives de la justice militaire, déclassifiées en 2016, ont été communiquées au grand public. Jacques Mény, en une centaine de pages, expose les faits et commente les pièces reproduites dans leur originalité : procès-verbaux, rapports de police, réquisitoires, lettres, articles de presse...
Ces textes sont essentiels pour rétablir la vérité historique sur la vie de Jean Giono pendant la guerre 39/45. Ils permettent de comprendre les difficultés de comportement d’un pacifiste en période de guerre. Accusé d’avoir signé un tract pacifiste, Giono est arrêté le 14 septembre 1939, sur ordre de l’autorité militaire. Il est écroué le 16 septembre au Fort Nicolas à Marseille et il est inculpé par le tribunal militaire « d’infraction à la loi sur la sureté extérieure de l’Etat ». On peut lire dans le rapport du commissaire de police de Digne au juge d’instruction militaire, daté du 20 octobre 1939, la remarque suivante : « Je signalerai ici un fait qui illustrait parfaitement son état d’esprit le jour où il venait de répondre à l’ordre d’appel à Digne : à la question qui lui était posée " Quelle était votre profession", il répondit " Pacifiste ».


Revue Giono n°13-2020, Le Paraïs, Montée des Vraies Richesses, 04100 Manosque, 272 pages, 20 euros.