Sourire pour des idées

L’idée est excellente. Moi j’ai failli sourire de ne l’avoir pas eue plus tôt. Même si toutes les idées ne prêtent pas à sourire. À moins de s’empresser de sourire, voire, tel Beaumarchais, de rire de tout pour n’avoir pas à en pleurer.
Peut-on sourire de tout, telle est bien l’éternelle question. Toutes les idées ne prêtent pas à sourire. Certaines ne prêtent qu’aux riches, d’autres ne prêtent qu’aux Reichs ; la plupart ne prêtent qu’à confusion, à contusions, à concussion, à conditions ; bref, si le bonheur est dans le prêt, elles ne prétendent pas toujours rendre ce qu’on leur prête. Suis-je clair ? Elles exigent plus souvent des dons, les idées, voire des dindons, que des prêts. On donne sa vie pour une idée. Pour des idées, pour des idoles, des idéaux, des idiots, des dieux. Et si ce n’est pas pour Dieu, quand Dieu est déjà mort, quelqu’un, quelques uns s’arrangent pour vous en inventer, vous en inviter d’autres. « Les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez », disait Brassens. « Et c’est la mort, la mort, toujours recommencée. Mourons pour des idées, d’accord mais de mort lente ». Que n’avait-il pas dit là ! C’était comme s’il avait déboulonné quelques statues sacrées. Une insulte à nos morts, à nos révolutionnaires, à nos révolus pionniers, à nos purédurs. Mourir pour la Patrie est le bord le plus sot, (pardon, le sort le plus beau) disait l’auteur d’un hymne célèbre. Mourir pour le parti ne vaut guère mieux.

Laissez-moi rire, sourire au moins, on ne meurt pas pour des idées, oserais-je ajouter, filant mon Tonton Georges de chevet, « des idées comme ça qui viennent et qui font trois petits tours, trois petits morts, et puis s’en vont ». On ne meurt pas pour la France, mais par la France, à cause de la France, on ne meurt même pas, aïe, pour la liberté, pour que les autres soient libres, foutaises, prothèse et antithèse ! (Là, c’est le lynchage assuré). On est tué, oui, j’y vois une nuance. Et je pense aux victimes de tous les totalitarismes, tuées pour avoir défendu leur idées, leurs idéaux, ils ne sont pas morts pour des idées, pas pour les leurs, en tout cas ; ils ont vécu pour les leurs, pour les leurres peut-être, ils sont morts à cause des idées des autres, sinon, mourir, ils s’en seraient bien passés. « Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place. » Des mots, tout ça. Le but n’est pas de mourir, mais de s’en sortir. La mort n’est qu’une erreur, qu’une horreur de passage. Et Bobby Sands, dis-tu. Ben quoi, Bobby Sands est mort, pour rien, oui, il n’a pas fait avancer sa cause, il n’est pas mort pour son idée, il a été assassiné par une autre idée, une autre idiote, moins humaine, moins scrupuleuse, que celle du président De Gaulle qui refusa de laisser mourir Lecoin, lequel serait allé jusqu’au bout, lui qui n’a vécu que pour ses idées, que pour nos idées. Ce ne serait pas son idée qui l’aurait tué, Lecoin, mais l’idée adverse, bien sûr. Et je n’oublie pas, en restant en France, sinon la liste est bien trop longue, tous les morts par bavures, tous les fusillés « pour l’exemple », ils ne sont pas morts pour leurs idées évidemment, leurs idées, leur idée, leur seul idéal, c’était d’en revenir, et de continuer à vivre, certains, pour leurs idées, d’autres sans idée, sans idéal, sans projet peut-être, sans rien, mais même ce rien est noble : mieux vaut n’avoir aucune idée que des idées dévastatrices, meurtrières, sanguinaires. Car les dieux ont soif de sang. Non de sens !
Rémi Fraysse, lui, aussi est mort... non pas pour une idée, l’idée qu’il défendait, mais tué, fusillé, en quelque sorte, pour l’exemple peut-être. Oui je mélange tout, je les mélange tous. Tous les vivants tués par l’idée de Patrie, avec tout ce qu’elle représente, tout ce qu’elle nous présente.

Nos amis de Charlie NE SONT PAS MORTS POUR LEURS IDÉES, mais assassinés, tout bonnement, à cause d’une autre cause, d’une autre idée. Leur idéal à eux, le nôtre, c’est de rire. Mourir de rire peut-être. Mais ils ne sont pas morts pour de rire, car les idées, les idiots, qui les ont tués, ne savent pas rire, ne comprennent pas le rire, bien trop robotisés pour cela, bien trop robots pour être vrais. Leur vie, c’était de rire, de tenter de faire rire, mais il faut croire qu’on ne peut pas rire avec tout le monde. Pourtant, ne dit-on pas que le rire est communicatif. La haine aussi hélas ! Et la bêtise aussi. Ces deux dernières partenaires dirigeant le monde plus sûrement que le premier. Alors que le premier est inoffensif, mieux, positif. Le rire devrait être enseigné dans les écoles. Le rire est un remède à leur merde, à leur merdre ubuesque, à leur monde kafkaïen. Face à la violence, le rire. Le sourire : Une arme, ou plutôt un outil à portée de tous. Gratuit. Et qui pourrait rapporter gros. Tant qu’on peut encore sourire. Sourions, nous sommes filmés.
Et pour finir, j’adresse un petit clin deuil (sic) à notre ami Maurice Laisant, qui n’est pas mort pour ses idées, mais qui les a défendues jusqu’à sa mort à 82 ans, le 29 septembre 1991. Déjà !

Yves Le Car


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