Statues Co

Il s’en passe des choses dans notre royaume. La France se déconfine, les mines sont déconfites, les Français se confient sans savoir à quels saints, et les mensonges d’État petit à petit remontent à la surface. C’est pas toujours bon de remonter à la surface, quand on est sous-marin par exemple. Tant qu’on est sous l’eau tout va bien, on ne risque rien. Mais il arrive un moment où l’on a besoin de se restaurer, je veux dire d’être restauré, réparé, préparé pour de nouvelles aventures, de nouvelles attaques puisque tel est notre rôle, avant d’être désarmé et remplacé par un petit jeune plus performant. Mais alors ! Imaginez ce qu’il peut se passer quand le sous marin n’est plus sous mer. C’est là qu’il devient la proie de tous les accidents soumaricides. C’est ce qui s’est passé à Toulon où la Perle, à rebours, est restée en rade. Quoi, t’es pas au courant ? Feu ! Feu ! C’est ce qu’ils disent quand l’ordre est donné de tirer sur l’ennemi. On fait feu. Sauf que là, c’est lui qui a pris feu. Un sous-marin qui prend feu, avouez que ce n’est pas banal. Il aurait dû replonger, non ? Du coup, ses projets, s’il en avait, tombent à l’eau : À l’eau submarine, à l’eau submarine, comme dans la chanson…
Ne nous tracassons pas, il sera vite et bien remplacé, « feu-la- perle » Sans vouloir noyer le poisson, je pense au conte de Steinbeck, qui reprend l’histoire de ce pêcheur de perles, ce pauvre homme qui croit que la richesse va le sauver, et sauver son enfant piqué par un scorpion. Mais il est des scorpions humains bien plus dangereux, bien plus avides, il l’apprendra. Profitez de vos vacances pour relire ce court roman, ainsi que les plus longs, du même auteur.
Le sous-marin reste malgré tout à la mode ; pour vivre heureux vivons cachés, vivons casqués, vivons masqués, vivons voilés. Voilons-nous la face. Et restons armés. Jusqu’au dedans. Restons guerriers. Restons prêts. Parabellumons. Puisque c’est notre Histoire, nos traditions, notre Culture. On ne va pas tout remettre en question ; Pourquoi changer un art de vivre qui a fait ses preuves ? Et ses veuves !
AUTRE QUESTION, très actuelle : faut-il déboulonner les statues, dépiédestaliser les idoles, les z’héros, les ratisseurs d’empire ? La France ne s’est pas faite en un jour, le monde non plus, la paix non plus, la Fraternité ne peut se réaliser que par étapes , par paliers ; mais il y a beaucoup plus de marches qu’à la Tour Eiffel, si l’on en croit les événements ; le sommet est probablement très haut, vu qu’au XXIe siècle, on assiste encore à des agressions dignes du Moyen Âge dues à la couleur de la peau, jamais à la taille du cerveau, lequel n’a pas de couleur différente selon les individus. Einstein disait qu’il y a deux choses infinies : l’univers et la bêtise humaine ; il ajoutait : « en ce qui concerne l’univers, je n’en suis pas certain » Eh bien, le deuxième élément tue encore aujourd’hui. La bêtise tue. Les figures z’historiques que l’on statufie, que l’on encense, que l’on célèbre, que l’on donne en modèles aux enfants, et aux plus grands, ont pour la plupart, contribué largement, lâchement, fâcheusement, pieusement, piteusement, à perpétrer, à perpétuer, à tuer à perpétuité, au nom de la race. Au nom du drapeau. Le racisme tue. Le vexillarisme aussi. On tue au nom du drapeau, on tue au nom d’une frontière. Autres temps, d’autres meurent ; l’esclavage aboli, n’en parlons plus. On avance. Oui on avance, seulement tant qu’on avance avec les mêmes lunettes, en fixant le même horizon, en marchant du même pas, en utilisant les mêmes poncifs poussifs, les mêmes clichés, les mêmes clochers, les mêmes hochets, en respectant toujours, en vénérant toujours, en statufiant toujours les Hoche, les Foch, les Moche, les Cloche, le limougeaud Bugeaud, marquis de la Piconnerie, ça ne s’invente pas, ça ne s’évente pas non plus, les Bazaine, les Gallieni, les Davout (inventeur de la gare du même nom ?), les Badernes, les aliénés, les Massena, les Massu, les Massacreurs, les Butors, les Cadors, les Matadors, les Mac Mahon Mahon qu’ un sankimpur... tant qu’on aura tous ces noms crénom de d’là sur les plaques de nos rues, on ne peut pas prétendre changer, on ne peut pas prétendre corriger le passé, se racheter ; alors, on ne va pas déboulonner toutes ces statues, quoique ça donnerait du boulot à des tas de gens qui en cherchent, des tas de gens auxquels on a fait croire que ce sont ces héros-là qui ont fait l’Histoire, laquelle s’écrit avec le sang, et pas le leur de préférence ; mais à défaut de les déboulonner on pourrait les rhabiller, non pas seulement pour l’hiver, mais pour laver... leurs outrages, leurs ouvrages, leurs otages, et notre honte. On pourrait, afin d’égayer un peu les jardins publics, les parcs, les places qu’ils polluent de leur représentation posthume, on pourrait les taguer, faire dessiner les enfants sur des thèmes de paix, comme on déguise un pantin. Une partie de paintball sur un maréchal à cheval, ça aurait de l’allure. Du passé faisons table rase, chantent sur une musique militaire les révolutionnaires. Non, ne faisons pas table rase, ce serait trop facile. On ne repart pas de zéro. On n’oublie rien. On corrige. On cesse simplement de glorifier ces figures. On remet bien en question (enfin, plus ou moins bien, mais on y vient) quelques vieilles habitudes, quelques attitudes, quelques modes de pensée, quelques façons de faire, lorsqu’on s’aperçoit de leur impact nocif, néfaste sur l’environnement. On trie nos ordures. Trions nos ardeurs. Trions nos héros. Des plaques de rue, c’est plus facile à retirer que des statues. Là encore, on pourrait embaucher des chercheurs... d’emploi, faire bosser les gamins, comme en travaux pratiques extérieurs, svt et cours d’histoire en même temps. Çui-là, il a fait la guerre, il a tué, fait tuer, nos ancêtres, ou ceux de mon copain Babacar, on l’enlève. Par qui le remplacer ? Et petit à petit, le monde change, le racisme est devenu une erreur de jeunesse de l’Humanité, les flics ne sont que le reflet de leur société. De la société qui les a formés, qui leur appris l’histoire d’une certaine façon, l’histoire blanche. L’histoire bleue blanche et rouge, rouge sang, du sang des sauvages qu’il a bien fallu tenter de civiliser. « Mon dieu qu’il ferait bon sur la terre des hommes Si vous n’aviez tiré du néant ces jobards. Preuve peut-être bien de votre inexistence Les imbécil’heureux qui sont nés quelque part. »

Yves Le Car


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