Gilets Jaunes

JACQUES Wajnsztejn, enseignant retraité du secondaire, a coécrit un livre sur l’événement des Gilets jaunes, édité par À plus d’un titre (10 €, 172 p.).
Au-delà de l’uniforme (code vestimentaire ? couleur des cocus ?), la diversité des composantes, habituellement invisibles, paraît exceptionnellement diverses dans ce mouvement : revendications, modes d’organisation, voire de refus d’organisation, groupes sociaux, expériences militantes…
Avec les Gilets jaunes (GJ), l’humour redevient dangereux : les bourgeois de gauche et de droite tremblent…
Alliances par affinités, chaos des impressions et des passions, fraternisations, Sébastien Faure n’aurait pas été dépaysé ! Il y a là matière à se battre « sans défaillance et sur tous les terrains, les sottises du nationalisme, du banditisme antisémite, l’hypocrisie cléricale, les mensonges des politiciens, l’exploitation capitaliste, l’oppression sous toutes ses formes. […] Les anarchistes ne désarmeront pas et continueront la campagne jusqu’à complète satisfaction, c’est-à-dire la disparition totale de l’armée permanente, qui est le symbole d’oppression, d’ignominie et une œuvre anti-humanitaire. » (Sébastien Faure, 1858-1942, était l’inventeur du désarmement unilatéral)
L’iniquité sociale entraîne les multitudes à l’assaut des vieilles Bastilles, où gouvernent le mensonge et la honte, libérant l’individu victime de sa caste, le sortant du rang pour contrer le jeu des réactionnaires et de leurs préfets.
Faut-il être violent pour que le gouvernement prête attention aux revendications ? Il paraît que ce serait la conviction des GJ, partagée par les policiers !
Lors des rassemblements sur les ronds-points (et les samedis de rencontres collectives), la parole a été distribuée à toutes et tous et régulée prodigieusement, la réflexion collective avance à grands pas.
Des gens qui ne se connaissent pas se lient, se parlent, partagent des repas…
Le projet de « grand débat » du gouvernement vise à contrer le RIC (Référendum d’initiative citoyenne) demandé par des GJ. Le pouvoir, décontenancé, se trouve au bord de la crise de nerfs : déferlantes de balles non-létales, grenades, gaz lacrymogènes et m3 d’eau sous pression !
La division du monde, entre ceux qui savent et celles qui ne savent pas, ne résiste pas à la spontanéité de la liberté de parole : une autre résistance se met alors en place !
Le terreau des inégalités sociales (qui ne cessent de s’aggraver) nourrit le mépris des riches envers les pauvres, chômeurs et précaires.
La transgression de l’interdit du meurtre, à la base de tout lien social, donc de toute civilisation, débouche sur l’invention de crimes nouveaux contre l’Humanité (à partir du productivisme ou de la physique des particules), voire sur une guerre généralisée à toute forme de vivant. Cette violation permanente du « droit au refus de tuer » globalise et banalise la mort, dessaisissant tout respect du aux défunts, toute possibilité de faire le deuil, par un encasernement des individus, symbolisant le capitalisme génocidaire.
Depuis l’explosion américaine du 16 juillet 1945, suivi par les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, des radionucléides ont été répandus sur toute la planète. Le nucléaire porte cette régression de la civilisation, car rien ne lui survit…
Les suites de cette industrie de l’atome ont imposé la pérennité des personnels et des budgets indispensables à la surveillance des effets à long terme, même en cas d’arrêt immédiat de tous les réacteurs : il ne sera plus jamais possible de sortir du nucléaire, du moins à l’échelle du temps humain, d’où la dimension hautement tragique de cette mort, la plus terrible que l’Humanité ait jamais inventée (Jean-Marc Royer).

Albert Louvrier

GJ (Éditions À plus d’un titre, 10 €, 172 p.),