N’effacez pas nos traces !

Dans les manifs de 1968 Dominique Grange chantait "À bas l’État policier". Dans les manifs de 2021 et 2022 cette chanson est reprise par de jeunes artistes et par la foule. Le cinéaste Pedro Fidalgo, avec son film « N’EFFACEZ PAS NOS TRACES !, Dominique Grange UNE CHANTEUSE ENGAGÉE » fait revivre avec talent et force l’itinéraire musical de l’artiste militante, si actuel avec la révolte contre les violences policières.

Le 29 janvier 2022, le public du cinéma Saint-André-des-Arts, à Paris a ovationné Pedro Fidalgo. C’était la première projection sur grand écran en présence de Dominique Grange, du dessinateur Tardi et de l’équipe du film. Émue, la chanteuse a pris la parole à la fin de la séance pour dire : « J’avais un peu peur, mais maintenant je suis rassurée ! » Elle avait raison de l’être, car ce documentaire est une réussite, une réalisation musicale puissante, ancrée dans la réalité de notre société violente.
Pedro est, depuis plusieurs années, la cheville ouvrière de l’Union pacifiste et nous partageons nos expériences cinématographiques. J’ai donc eu la chance de suivre, au cours de nombreux mois, son engagement, sa persévérance, son courage et sa sensibilité pour mener à bien ce travail artistique considérable. Le résultat est remarquable.
J’avais déjà vu et apprécié son premier film : « CHANGER DE VIE, la vie et l’œuvre de José Mario Branco ». Cet auteur compositeur interprète engagé avait toujours considéré la musique et les chansons comme une arme. Ce film avait eu beaucoup de succès au Portugal, où l’artiste José Branco, longtemps exilé en France pour fuir la dictature de Salazar, était retourné avant sa mort le 19 novembre 2019.
Que Pedro choisisse de consacrer un film à Dominique Grange n’était donc pas un hasard. Alors que les médias français et le public l’avaient un peu oubliée, Pedro a compris que les chansons de lutte écrites en 1968 correspondaient au climat de révolte qui commençait à s’exprimer contre les gouvernements autoritaires de la France et surtout contre les répressions policières de plus en plus fortes.
Fallait-il que ce soit un cinéaste portugais, dont le pays est toujours marqué par l’une des plus longues dictatures de l’Histoire (45 ans), pour montrer l’évolution politique de la France vers un régime de plus en plus répressif ? C’est peut-être en filmant les occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et les manifestations des Gilets jaunes que notre ami a pu sentir le climat de violence qui s’installe en France. Des images fortes de répressions recueillies là ont été utilisées pour ce documentaire.
Quand Pedro enregistre « À bas l’État policier ! », chant de lutte de Dominique Grange, repris par les manifestants parisiens d’aujourd’hui, il comprend que cet écrit de Mai 1968 contre un général prêt à lancer l’armée contre les grévistes, avait des échos chez les manifestants actuels réprimés par un préfet de sinistre réputation.
C’est ce qui fait toute la force actuelle de ce documentaire. Il a su mêler avec brio l’itinéraire musical d’une chanteuse engagée, des planches graphiques de Tardi, des images d’archives, des témoignages de militants et des séquences de luttes récentes. La géniale bande-son n’est pas étonnante de la part d’un musicien tel que Pedro Fidalgo. Le montage très rythmé et très précis tient le public en haleine.
À la sortie, les spectateurs se sentent plus forts pour affronter les situations pré-fascistes qui menacent la France et les pays d’Europe non encore dictatoriaux.
Puisse ce documentaire, déjà programmé dans les salles portugaises, être bientôt diffusé sur de nombreux écrans français !

Bernard Baissat