Une Suisse sans armée

Cet hiver ou n’importe quand, si vous avez envie de prendre une bouffée d’air, n’hésitez pas à vous diriger vers la Suisse. Pour faire du ski, pour dévorer du chocolat, pour placer de l’argent dans une banque ? Non, tout simplement pour vous informer des actions menées par nos amis, nos cousins suisses.
Je veux parler bien sûr du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA, ou GSoA en allemand). Dans leur journal Une Suisse sans armée concer­nant l’Ordonnance sur le ma­tériel de guerre, plusieurs articles précisent le motif des ac­tions menées entre autres par le GSsA :
– la coalition contre les exportations dans les pays en guerre civile bat des records ;
– pour un contrôle démo­cratique sur les exportations ;
– la Suisse doit exporter la paix, pas la guerre…
Un autre article s’intéresse au projet de l’entreprise d’ar­mement RUAG (qui appartient en partie à l’État) de construi­re une usine de munitions au Brésil. Un pays où le GSsA rappelle que 190 personnes sont tuées par jour. Ce projet contesté par le GSsA ainsi que par quinze autres associations suisses en relation avec des associations brési­liennes, semble pouvoir être écarté.
Le GSsA défend bien sûr le service civil. « Puisqu’il est plus simple de se créer un ennemi plutôt que d’adapter le concept obsolète de l’armée à la réalité, l’UDC (le parti au pouvoir) présente le service civil comme étant à l’origine de tous les maux. »
Le GSsA s’est, d’ores et déjà, dit prêt à emprunter la voix référendaire contre l’acquisition de nouveaux avions de combat, comme à son habitude se méfiant de futu­res propositions d’offres de la part des constructeurs d’avions militaires.
Nos amis helvètes s’inquiètent également de la tra­gédie syrienne, publiant un court historique de cette dictature depuis 1982.
Ils n’oublient pas la commémoration du 9 novembre 1932, jour où treize personnes ont été tuées par l’armée suisse – qui faisait en outre soixante blessés – lors d’une manifestation contre le fascisme qui s’installait en Italie. Au lieu de commémorer ce 9 novembre, comme tous les ans, la société militaire a pré­féré organiser une « rencontre politique-militaire » présentant des « missions, emplacements, enjeux et projets de l’armée sur un plan régional » avec un mépris flagrant des victimes de l’armée. Une action non-violente a donc été organisée pendant cette rencontre, avec une bande-son qui relatait les événements de 1932. Dans la salle, un député de gauche a lu les noms des treize personnes tuées par l’armée suisse et exigé qu’une minute de si­len­ce soit observée en leur mé­moire. Espérons que l’armée aura compris le messa­ge, ajoute le GSsA.
Lewin Lempert représentait le mouvement lors d’un débat télévisé (l’Arena de la SFR) sur le thème « Des armes suisses dans les pays en guerre civile ». Il relate comment s’est déroulée la rencontre et ra­conte qu’après l’émission trois électeurs et électrices de l’UDC, faisant partie du pu­blic, se sont approchés et lui ont dit : « Monsieur Lempert, nous n’aimons pas du tout le GSsA, mais vous avez raison à ce sujet ! »
Notre ami Lewin Lempert peut être fier de lui.
Rémi Thomas