Rétrospect’Yves
La paix
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Je sais, ce n’est pas un titre original. L’idée ne l’est pas non plus, quoi­qu’elle n’ait jamais été autre chose, hélas, qu’une idée. Qu’un idéal. Jamais vrai­ment concrétisée, et pour cause. Pour cause ; pour qu’ose. Pour qu’on ose ; Parce que nul n’ose. Nul État, nul étant, nul authentique Otan n’osent envisager l’hypothèse qui est la nôtre d’un désarmement unila­té­ral, nul n’ose dévisager, démasquer, décasquer, défalquer, disloquer, disséquer cet axiome fondé sur le si vis pacem latin, et sur lequel, de véné­ration en génération, les États s’appuient. Et grâce auquel, ou à cause duquel, le peuple, les votants (les votant-guerre !) se rassurent, se sentent en sécurité. Et c’est ainsi que les armées perdurent, ainsi que les guerres persistent, ainsi que la paix tarde. Ça pétarade. Ça pète à Riyad ? Ça pète ailleurs. Et pour cause. Pour cause toujours, tu m’intéresses. Ce qui les intéresse précisément, les blablateurs, les rhéteurs, les gros menteurs, les fomenteurs, les armateurs, les metteurs obscènes de guerre, de guerre jamais lasse, c’est le gain à moudre, à sourdre, à poudre. Ce qui les intéresse, c’est la pom­pe à phynance. Et la paix ne rapporte rien. Apparemment. Rien aux capitaux. Rien aux capitaines. Rien au général, mais tant au particulier. C’est pourtant, disait Camus, un natif du mois de novembre, le 7 si tu veux tout savoir, le seul combat qui vaille la peine d’être mené. C’est celui que nous menons. C’est celui que prétendent mener, sans succès, les successifs supplétifs de chérifs chétifs, poti­ches fortiches, postiches fétiches, voire fétides, et leurs sbires robocops et copies qu’on forme de ribauds. Qu’ils prétendent mener. Car, bien sûr, ils agissent tous, ils sévissent tous, pour la paix. Quelle Paix ? Qu’elle paie ! Quel tou…paix ! Leur sens de la paix est sus…paix. Ils y croient ; ils y croissent. Ils y croassent. Il faut dire que les croix, depuis qu’ils nous parlent de paix, depuis qu’ils nous promettent la paix, depuis qu’ils se paient notre tête, qu’ils se paient sur la bête, qu’ils s’en repaissent, dans les épaisses plaines meurtries où paissent les bovins et sous lesquelles dorment tant de jeunesses sacrifiées, des croix, ils en ont planté. Et la Paix tarde… Et la moutarde a beau nous monter au nez, la prochaine, elle, nous pend toujours au nez. Honnêtement ! Nettement !
Tous parlent de Paix. On voit même des para-PAIX, parfait oxymore pour les morts occis, comme s’il suffisait de passer le pont pour voir le royaume des fleurettes cher à Tonton Georges. Comme s’il suffisait de traverser pour trouver un exploit, un empois, un endroit sain et sûr.
En ce mois de novembre, ils commémorent leurs morts : ceux qui ramPAIX, autre oxymore, car la Paix n’est pas dans les rangs, plus les rangs se forment, s’allongent, plus les corps s’allongent, se déforment et plus la paix s’éloigne ; ceux qu’on tromPAIX ; ceux qu’on saPAIX, qu’on écharPAIX ; ceux qui camPAIX… Les seuls qui étaient sur la bonne voie, c’étaient ceux qui romPAIX les rangs précisément, mais ce ne sont pas ceux-là que les officiels commémorent.
La Paix est pourtant le seul combat, la priorité de laquelle dépend la santé de la planète et des planétiens. C’est sans doute ce que pensait également l’auteur des Couleurs de l’infamie, de La Violence et la Dérision, l’aîné de trois jours de Camus, cet autre Albert, le Franco-Égyptien Cossery.
En effet, comment réagir face à la violence d’État ? Face à la guerre ! Com­ment dire non. Le plus beau mot sans doute de toutes les langues, celui par le­quel, paradoxalement, on s’affirme, on s’affranchit. Certains choisissent la même arme, la violence, engrenage sans fin qui ne fait que justifier, tel un boomerang (boum dans les rangs !) la violence inhérente à l’État ; d’autres préfèrent la Dérision. Puisque l’État, fauteur de troubles, facteur de troupes, n’est jamais que dérisoire.
Nous, à l’école, avec M. Lefut et M. La­muzet, on s’est bien amusés, tout en chantant la PAIX, tout en fêtant la PAIX. Ils nous avaient demandé ce qu’était pour nous la paix. Et chacune, chacun y allait de sa petite définition. Des vérités toutes simples qui sortent de nos bouches d’enfant : La Paix c’est quand personne n’est étranger, a dit un copain. La paix, c’est quand je peux dessiner ce que je veux sans risquer d’être tué, a dit une copine. Pour Lorenzo, c’est quand personne ne vient nous menacer avec un fusil ; pour Arsène, c’est quand je peux aller à l’éco­le sans avoir peur ; c’est quand on s’entend bien avec les gens des autres pays. Pour Loukas, c’est quand les avions emmènent des gens en voyage, plutôt que de faire tomber des bombes. Et puis, nous avons chanté. Elle est bien mon école, à Rochechouart (87). Est-ce que toutes les écoles, dans tout le pays, ont chanté les mêmes chansons que nous : La Paix sur Terre, de Jean Ferrat ; Devant tous les peuples frères Qui s’en porteront garants Déclarons la Paix sur Terre UNILATÉRALEMENT.
Même l’inspectrice, Mme Fourche­drue, euh Mlle Fourchedrue, elle nous l’a assez répété, s’est mise à chanter avec nous quand nous avons entonné Le Déserteur, de Boris Vian.
– Quoi, vous avez chanté ça à l’éco­le ? Avec l’inspectrice ?
– Ben oui, et c’est pas tout.
– Vous avez dû chanter La Marseillaise aussi. C’est obligatoire.
– Alors oui, sauf que c’est pas la mê­me que celle que tu connais, cet appel au meurtre et au racisme, plutôt contradictoire avec l’idée de Paix que nous défendons.
– Pourquoi, t’en connais une autre ?
– Et comment ! Ça dit comme ça : Allons enfants sans nulle haine / Colporter dans le monde entier / Notre choix d’une paix prochaine / Dans l’entente et dans l’amitié / Entendez-vous dans les campagnes / Rire et chanter tous les enfants / Dont les sourires triomphants / Sont autant d’espérance qu’on gagne… / Sans ar­mes, citoyens / Dans la conciliation / Chan­tons, chantons, / Et que nos voix répandent la raison.
– Oh, c’est bien ! Je vais l’apprendre et la faire apprendre dans mon école. Elle est chouette ton école.
– Oui, c’est une pièce de théâtre qu’on a faite. On aurait pu rajouter la version de Graeme Allwright, par exemple, jumeau de Camus, même jour, à treize ans près.
Et je ne veux pas terminer sans rendre hommage à Charles Aznavour, ne serait-ce que pour avoir mis en musique et chanté Bernard Dimey, notamment l’excellent l’Amour et la Guerre, que nous n’avons pas la place de reproduire ici. À vos recherches.

Yves Le Car Provisoire


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