Automnales
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Le 22 septembre, aujourd’hui, je m’en fous. Ce premier jour d’automne est déjà du passé, du passé dont il faut, paraît-il, faire table rase, comme le clament et déclament, et réclament et ressassent, les clans et sectes su­rannés qui vivent, d’année en an­née, ou damnés en ânée, sur le pas­sé précisément. Alors que le pas­sé, paradoxalement, nous suit, nous ac­compagne, nous colle à la peau, qu’on le fuie ou qu’on l’assume. Bref, le 22 septembre, je ne m’en fous pas tant que cela, c’est quand même lui qui nous amène l’automne, et ses couleurs ma­gnifiques, c’est quand même lui qui ouvre ses portes au bon mois d’Octobre. Octobre qui a vu naître, et mourir Georges Brassens, lequel se foutait du 22 septembre com­me de sa première brassière. Chez nous, dans le Vaucluse, le 22 sep­tembre, on ne s’en fout plus de­puis cette année 1992 où l’Ouvè­ze éja­cula sa colère séculaire sur des habitants innocents… du passé récent de leurs promoteurs. Com­bien de gouttes d’eau ont fait déborder la vase ? Et moi, Ouvèze, Ouvèze, se di­sait la rivière ; et moi, et moi et moi… où m’entraînez-vous ? s’in­di­gnait chaque composante de la nature maltraitée, trop traitée. Et la hulotte hululait… Les rats pas­sent et repassent, les rapaces ne sont pas ceux qu’on croit.
L’eau a passé sous les ponts, depuis, mais le 22 septembre a laissé son em­prein­te.
Les petits ruisseaux font les grandes rivières, les petits berceaux font les gran­des civières, les petits cerceaux font la terre entière… Et la mer valérienne toujours recommencée, toujours que ro­mancée, menait en bateau, par grappes successives, des êtres humains que la folie du fric et des pouvoirs de tout acabit poussait, pousse au désespoir.
Heureusement, il est un mot, au moins, qui rime avec humanité, c’est le mot solidarité, composé de l’adjectif solide et du suffixe « ité », qui signifie allez, allons, allons enfants, mais pas de la Patrie, plu­tôt de toutes les Patries, de toutes les parties, allons ensemble, allons vers celles et ceux qui sont partis, soyons partie pre­nante, et prenons notre part, plus que notre parti. Ça c’est le beau côté, mais l’Humain, comme le bateau, a deux côtés, deux flancs, et face à la solidarité il y a la folle insanité. Qu’y faire ?
Ils étaient contents. Presque fiers. L’appel a bien marché. Les réseaux ont fonctionné. La récolte est fructueuse. C’est l’avantage de ces moyens modernes de communication : on lance un appel, ap­pel à l’aide, appel de soutien, appel à rassembler, rapidement, des vêtements, des vivres, du nécessaire pour tous ces humains, toutes ces gouttes d’eau re­jetées par la mer, par l’amer. En quelques jours, les locaux récepteurs débordaient, comme la mer en colère, comme l’Ou­vèze du 22 septembre, mais un débordement, un trop-plein qui a du bon, un char­gement pléthorique qui était à conce­voir, beau à voir, encore plus beau à recevoir. Ils allaient être comblés les nouveaux arrivants : de quoi manger, de quoi se vêtir, de quoi retrouver des conditions de vie décente. Oui, tiens, en fait de des­cente, c’est l’autre face du genre humain qui les attendait, le pire aux mânes, aux manettes, au manège, aux manières. Le pire homme qui osa mettre le feu, tout simplement, à cette cargaison de solida­rité. Tout a brûlé, et lui aussi, eux aussi, étaient contents, fiers de leur acte, fiers de leur haine.
Ecce homo ? On peut changer sans doute, l’homme n’est pas monolithe. L’in­cendiaire deviendra-t-il solidaire ? L’odieux enverra-t-il au diable ses pervers idéaux ?
Si le repentir de l’assassin de Clément Méric est sincère, et ma fibre humaniste refuse de le mettre en doute, alors, tout est possible. Doit-on être clément ? Erreur et horreur de jeunesse.
Et la hulotte hulule, hurle de plus en plus, le monde est fou, livré aux mains des manipulateurs éhontés, indomptés, insensés, adeptes du maniement d’âmes, qui cassent le monde en petits morceaux, comme disait Boris Vian.
Automne, suspends ton vol et prépa­re-nous un meilleur printemps. Laissons les générations futures préparer de futures vénérations plus méritantes, plus humai­nes. Ce n’est probablement pas par l’appel aux armes enseigné dans les écoles, par la dénonciation d’un sang impur, par ces cris de haine et cette préparation à la vengeance d’on ne sait quelle offense, que le monde de demain ressemblera à cet idéal, à cette image de paix que nos ancêtres insoumis, déserteurs, révoltés, réfractaires, penseurs pacifistes ont tracée. Alors qu’il faudrait faire dans toutes les langues, dans tous les gangs, dans tous les rangs, un appel universel à tomber les armes. Sans armes citoyens, le monde se porte bien. Chantons, chantons, que nos couplets « ne parlent que de Paix. » Qu’on leur enseigne alors, à nos écoliers, la version de Graeme Allwright. Il y a encore, cent ans après ce que l’on nomme au­jourd’hui officiellement, faisant écho aux Giono, aux Poulaille, aux Céline, aux Dorgelès « la grande boucherie », il y a encore des nostalgiques suffisamment patriotes pour rejouer, à Avignon par exemple, en costume d’époque, les gran­des scènes, par devoir de mémoire paraît-il. Le devoir de mémoire n’entrave pas, en tout cas, la marche des jeunes vers le patriotisme, voire l’extrême facette de celui-ci. Espérons que la plupart peuvent changer, si nous savons, si nous avons la force encore et l’énergie et le nombre pour les convaincre, les gagner à une cause plus juste, plus humaine, plus soli­daire, plus pacifiste. Écoutons la hulotte hululer, avec les loups peut-être, eux aussi en danger, écoutons la gent animale nous alerter contre les rapaces, les vrais.

Yves Le Car Provisoire


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