Rétrospect’Yves
En mai fais sauter tes plaies
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Ce n’est pas pour me venter – le mistral s’en charge –, mais je vous ferai remarquer que j’avais raison. Je vous avais prévenus (oui, la graphie mo­derne exigerait un E – ou un e – inclusivement glissé entre les deux terminales, mais je reste classique autant que neutre). Je vous l’avais bien dit qu’il fallait s’en méfier de ce rival avril. Résultat : il nous souffle deux bou­gies d’un coup, deux flambeaux, deux phares, deux artistes pacifistes. Auteurs, chanteurs, musiciens, comé­diens, nés la même année quarante, morts le même jour, « qui qui dit mieux » ? Ils auront eu le temps de lancer quelques pavés dans la mar­ge – pavés de tendresse et de poé­sie – pour bâtir un « mur de lumière qui fusille de clarté les yeux clos des morts-vivants » et apporter leurs pierres à l’édifice d’Utopie qui est le nô­tre. Ils auront, l’un comme l’autre, ten­té d’« alerter les bébés », face aux « rapaces de la mort ivres de massa­cres » ! Ils auront applaudi « le bâton de Guignol sur le dos du gendarme, et les cacas d’oiseaux sur les drapeaux en berne » en jetant leurs boules puantes sur le quatorze juillet. Comment voulez-vous donc « que l’espoir capitule ? » Ne vous plaignez pas, les amis, je ne dirai pas qu’« on s’en branle » ; il nous reste vos voix, il nous reste vos mots qui s’accordent si bien, et vous pourriez peut-être, pour recueillir les vivats de tous les anciens vivants, les anciennes vivantes, qui ont pris le train qui est avant le vôtre, « mais on prend tous le train qu’on peut », disait l’autre Jacques, vous pourriez peut-être reformer un duo : Font-Higelin, ce serait pas mal. Puisque vous partez dans le même train, le seul à ne jamais se mettre en grève ; le seul à ne jamais dérailler ; le seul que l’on prend sans billet retour ; et sans aller puisqu’on ne paie pas ; le seul enfin à partir du terminus. Vers la gare du souvenir, aux wagons innombrables. J’aurais bien aimé, moi aussi, faire un duo avec toi : Le Car A Font, pourquoi pas ? Bon, c’est trop tard… ou pour plus tard ! Ainsi Font Font Font…(lire p. 10)
Le mois de Mai est fait, comme le dit si bien le proverbe qui lui est attribué, pour faire ce qui nous plaît… ou faire sauter ses plaies. Nous qui gardons au cœur, depuis la chanson de Clément, « une plaie ouverte ». Et le mois de mai est riche de plaies, de plaies mobiles, car c’est un mois qui bouge, qui fait bouger, ne serait-ce que depuis ce premier de 1886, sur lequel il n’est jamais superflu de revenir, ce premier mai qui fit six assassinats par les prétendues forces de l’Ordre. Quel ordre ! Les manifestants, les manants festifs d’aujourd’hui savent-ils encore l’ori­gine de ce premier mai ? Connaissent-ils encore les noms d’August Spies ? d’Al­bert et Lucy Parsons ? Et des autres… Et cent cinquante ans plus tard, où en est-on ? Où en est le monde ouvrier ? Où en est le monde ?
Bien sûr, quelques améliorations des conditions de travail, des conditions de vie, qui restent fragiles, les premiers de « cor­vée » demeurant toujours la cible idéale de tous les empereurs démocratiquement autoproclamés. Combien de Rémy tomberont encore sous les balles policières, sous la terreur républicaine, sous la violence légale ? Combien de Fourmies ? (c’était aussi en mai : « C’est sur une ga­mine que le Lebel fit son premier essai. ») Combien de communes faudra-t-il re­bâtir ? Combien de Semai­nes san­glantes, de semelles cinglantes, de ces mêmes cinglés toujours prêts à faire danser les chaussettes à clous, chanson de Vian que chanta Higelin ? La canaille est toujours dans la rue, et dans la rue râle, dans la ruralité, dans la réalité. La Liberté, la Paix restent plus que jamais des Zones À Défendre : Aux ZAD citoyens ! Formez vos trublions !
C’est un 28 mai qu’on assassine, que l’État assassine, Eugène Varlin, syndica­liste anar­chiste, précurseur de nombreux dé­fen­seurs des luttes d’aujourd’hui, qui, de­vançant Coluche, créa ce qu’on ap­pe­la les Marmites d’Eugène, sorte d’Amap avant l’heure, de cantine populaire.
Il est revenu le temps des cerises. Le temps du muguet. Ou d’humus gai ? Plein d’espoir nouveau ; la saison est cour­te, profitons-en, avant que ne vienne le temps des noyaux.
Le mois de mai est de retour : le plus court à écrire, le plus riche, peut-être, de souvenirs. Il y a cinquante ans, le peuple était dans la rue. Demain, à nouveau, les fou­les se lèveront contre tous les Thiers qui se foutent du tiers monde comme du quart monde, et qu’on ressuscite et qui suscitent une révolte légitime. Demain, cent mille enfants serreront dans leur poing l’étendard de l’Amour. Demain cent mille « Notre ZAD des Landes » fleuriront. Cent mille Camille, cent mille amis. Cent mille Larzac. Cent mille bâtisseurs d’Utopie, ici et là, cent mille acteurs, cent mille ail­leurs… Et tout autant de mois de mai. CAR IL Y A UN MAI. Heureusement ! Il y a un mais à votre monde. Il y a Dimey ; il y a eu May, la Réfractaire. Et viendront d’autres mois de Mai. Demain Arthur renaîtra… Arthur qui, le 20 mai, alors que la Commune est en effervescence, rentre à Marseille, revenant d’Aden où l’adolescent poète s’était fourvoyé, Arthur ce sym­bole, Rimbaud cette icône. Ne retenons que l’ART et le BAUD ? ET LA RIM’ en THUR ? Qu’on la donne à la culture ! Et qu’on passe le Rhin, comme d’autres le Rubicon. Non avec des armes. Mais avec les Arts. La Poésie ! La Musique ! La Vie, quoi que l’on trouve de part et d’autre de tous les Rubicon, de toutes les barrières, de tous les empêcheurs de forger notre ronde autour du monde. Et que tout le reste soit littérature !
Car en MAI, nous dit Hugo (pas Cha­vez, mais Victor !), tout conjugue le verbe Aimer… « Au mois de mai, qui rit dans les bran­ches lascives/Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées/Chantent des triolets et des rondeaux aux fées…/Premier mai : l’Amour gai, triste, brûlant, jaloux/Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups. »
«  Je les aime ces loups… qui m’ont rendu mon loup. » Ça c’est du Ferré, mais j’arrête là. Les chansons me poursui­vent… « Et le Souvenir – tous les souvenirs – que je garde au cœur. »

Yves Le Car Provisoire


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