Retrospect’Yves
Févrions
Article mis en ligne le 12 mars 2018

par GY
logo imprimer

Le verbe que je préfère en cette nouvelle année, c’est le verbe Février. Puis­qu’on peut février, févrions. Févrions en chœur, en cœur et encore. On peut février de tout, mais hélas ! pas avec n’importe qui. Le février viendra-t-il à bout de tous ces empê­cheurs de février en rond ?
C’est quand même extraordinaire, avouons-le : s’il est vrai que les premiers seront les derniers, remarquons comme, astucieusement, ce mois de février, qui était au début des mois­sons de mois le dernier de la liste, a su remonter les échelons et, tout en laissant, modestement, courtoisement, galamment, la première place à son aîné janvier –, auquel il n’a rien, précisément, à… envier – s’est installé, comme en hibernation, à cette se­conde place : le Poulidor du calendrier. Tout le calendrier, en écho à février, incite, invite, convie à rire, et renvoie aux calendes ceux qui s’y refusent. Malin, ce mois de février : il pro­fite de son statut de plus petit, pour être le plus froid, le plus hivernal, tout en nous préparant toutes les conditions d’un prin­temps prometteur. Et, subrepticement, tous les quatre ans, histoire de ne pas faire comme les autres, qui restent sur leur trente et un pour la plupart, lui, s’attribue, s’approprie, une journée supplémentaire : journée de solidarité, de solide hilarité : févriez, févrions en chœur, en cœur et encore !
C’est en or-fèvre, que februus, c’est-à-dire le purificateur, dernier mois du ca­lendrier romain, emprunte, avec fièvre, la fève, symbole s’il en est, de monarchie, et, pour la ridiculiser, pour la traiter par l’ironie, à la façon d’Albert Cossery, qui se gausse et rit, rit encore et encore, il termine par un appel, une injonction à rire. Février : infinitif qui se veut gentiment im­pératif. Il est des ordres moins sympathiques.
Février donc, si m’en croyez, n’attendez à demain, pour ce que février est le propre de l’homme. Et de la femme aussi, car, aujourd’hui, il faut tout féminiser de peur… de peur de n’être pas drôle, ad­jectif heureusement mixte.
Bref, si j’aime le mois de février, ce n’est pas seulement parce qu’il est le plus gai, le plus rieur, pour compenser le fait d’être le plus froid, ce n’est pas seulement parce que c’est le mois de naissance de ma mère, et de deux de mes enfants. Il fut témoin de bien d’autres événements importants : naissance de Jules Verne, de Victor Hugo, de John Steinbeck et, bien sûr, de Jacques Prévert, le 4 février 1900. Thérèse Collet nous lâche un 19 février, Stefan Zweig se suicide un 22 février, jour anniversaire de la naissance de François Cavanna. Ce n’est pas par hasard que tous ces grands noms, pour nous, se rassemblent autour de ce mois que l’étymologie rapproche de Faber (faire, for­ger). Tous ces forge­rons de la Paix sont liés à Février. Sou­venons-nous et févrions-les.
Que février soit un mois férié. Il est après tout des dates plus anodines qui bénéficient de ce statut.

Faites l’humour pas la gueule

C’est le slogan que j’avais écrit en exergue au premier disque auquel j’ai participé, en tant que parolier : celui de Linette Dalmasso, pour ceux qui s’en souviennent. Je le reprendrais volontiers aujourd’hui (le slogan pas le disque) tant le verbe rire et l’action sont devenus essentiels. Acte politique de fait, le rire n’est plus seulement le propre de l’hom­me – ça dépend de quel rire, disait Ferré ; ça dépend de quel homme, peut-on ajouter aujourd’hui –, le rire est subversif, le rire, qui l’eût cru, divise, le rire a des ennemis, parmi lesquels la bêtise, qui monte, qui monte, qui monte ; et comme « la plupart des tocards sont des gens très méchants, des crétins sectaires » (dixit Brassens qui aurait bien mérité de naître en février), on a les conséquences que l’on sait. Cavanna est parti juste avant le massacre subi par le reste de l’équipe. Il y a trois ans déjà, et les auteurs, les vrais auteurs de cette tuerie organisée, cou­rent toujours, soutenus même par une par­tie de la population, une partie des mé­dias, dont les zygomatiques sont atro­phiés. Charlie ne fait pas rire tout le monde, Charlie ne fait pas rire tout le temps, c’est le propre et le droit de l’humour. De la caricature. Mais il y a encore moins drô­le : c’est la série des sérieux, des petits, des sans humour, ceux qui pensent qu’on ne peut pas rire de tout, qu’on ne peut pas rire du tout, que ces gens-là l’ont bien cherché, zavaient kapa. Et ceux-là, tellement sérieux, tellement séreux, tellement serrés, sous couleur de tolérance, to­lè­rent, je veux dire soutiennent, l’intolé­rable : sous couleur de laïcité mélangent tout et, par refus d’amalgame, plongent dans le plus gros des amalgames et se font complices des pires totalitarismes, du pire racisme, de la pire intolérance : celle que répandent les perturbateurs endoctrinés, les pères rabatteurs endo…crâ­niens, dont le rôle est le bourrage, pâturage et bouturage des crânes, qu’ils clonent à leur image, transformant les cerveaux en serviles.
Quoi qu’il en soit, le rire est plus que jamais d’actualité. Le rire est un état d’urgence, de révolution permanente, dirait Moustaki, cet ami de Cossery, antidote à « connerie ». Et cette année qui commence, 2018, année d’armistice, doit et peut être celle du rire. Févrions mes frères, févrions mes sœurs, Févrions en chœur, à corps et à travers, jusqu’à ce que paix s’ensuive.

Yves Le Car Provisoire


Actus

Forum Léo Ferré

Scène chanson et restaurant de qualité

De 18h à minuit.

Le Forum Léo (...)

Dans la même rubrique

L’appel du désuet jouet
le 7 juin 2018
par GY
En mai fais sauter tes plaies
le 8 mai 2018
par GY
De fil en aiguille
le 12 mars 2018
Décembre et Meuse
le 20 janvier 2018
par GY
Donald au pays du matin calme
le 1er novembre 2017
par GY
Que la lumière choie
le 26 mai 2017
par GY
La manip fourtout
le 9 décembre 2016
par GY
Salade en novembre
le 1er novembre 2016
par GY
2016  : les Univers Cités Datées
le 31 octobre 2016
par GY
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.0.96