Quand Rouget de Lisle se réveille en 2015
Article mis en ligne le 8 décembre 2016
dernière modification le 12 décembre 2016

par GY
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Robert Soustre a adressé au comité de lecture une fiction dont il a eu l’idée : ici Rouget de Lisle, propulsé dans le notre siècle, en vient à suggérer une autre version de La Marseillaise…

APRÈS un long sommeil et de fabuleux voyages dans les champs morphiques, j’ai souhaité revenir dans l’espace terrestre. Non pour l’attrait d’un monde qui n’a cessé de trahir ses idéaux, mais pour apporter mon modeste soutien aux hommes et aux femmes qui luttent leur vie durant contre l’ignorance, contre l’intolérance et la sottise des dogmatismes religieux ou politiques afin de promouvoir, encore et toujours, la liberté, l’égalité et la fraternité.
Qu’on me permette de rappeler brièvement quelques linéaments histo­riques propres à ce pays et à beaucoup d’autres, cela pour dire la constance des références dominantes : le pouvoir et l’argent ; ceux-ci, seuls, déterminant l’excellence. Pourtant, quels dérisoires objectifs quand on les considère du seul point de vue du terme de l’existence !

En ce temps-là…
Mais la roture dépouillée, livrée à l’aristocratie bancaire, manufacturière ou agraire, allait bientôt chanter l’Inter­nationale avant d’être à nouveau étranglée ; notamment par de rouges « aristos » sortis de ses rangs. Aujourd’hui, elle relève la tête et reprend les chemins de la ré­volte contre l’aristocratie planétaire des escrocs, des concussionnaires et des prévaricateurs dont les quartiers de noblesse se déclinent désormais à la Bourse, à Da­vos ou dans les salons du Bildenberg, en milliards d’euros ou en milliards de dollars.
C’est ainsi que la roture planétaire, consciente de la nécessité d’une action globale, a souhaité rassembler ses peuples dans un chant révolutionnaire adapté. Sollicité, à Porto Alegre, au Brésil, par des représentants du mondialisme huma­niste, j’ai accepté de reprendre la partition d’un chant que j’avais composé en 1792 pour l’armée du Rhin, celle-ci en­gagée contre la coalition des despotis­mes aristocratiques européens. Ce chant, par trop marqué par l’époque où je l’écrivis, devait être repensé et réécrit afin d’être adapté à la conscience plus évoluée des humanistes du xxie siècle. Avec le recul que j’avais moi-même acquis, je convenais qu’il était nécessaire de lui ôter ses références quelque peu marquées par l’exaltation d’un sentiment guerrier qui avait fait se rejoindre bourreaux et victimes.
La distance que je n’avais su mettre à l’époque entre la légitime revendication de liberté, d’égalité et de fraternité et les mots utilisés pour l’exprimer, je me devais de la mettre aujourd’hui. Le chant de­venu l’hymne national français devait se transformer afin de garder, en ce temps, la dimension universelle qu’il souhaitait exprimer pour devenir mondial. Afin de donner corps à un tel projet et le rendre crédible, il me fallait en éliminer tout ce qui pouvait témoigner de sentiments ex­clusifs, tels que le racisme d’un « sang impur », la xénophobie et le nationalisme ithyphallique. Ces sentiments, dont je n’avais pas conscience à l’époque de la composition, avaient pourtant largement prévalu dans la période du despotisme napoléonien, dans celle de la prédation coloniale, dans celles de la collaboration avec le nazisme ou des massacres dans les rizières et les djebels. Un sérieux ravalement s’imposait donc.
Je n’ai conservé de ma création d’un temps auquel je n’appartiens plus, avec le refrain, que la première et la sixième strophes. J’y ai ajouté la septième strophe, celle dont mon confrère François Joseph Gossec est l’auteur.
Voici donc, pour restituer le sentiment d’universalité qui m’animait à l’époque – non sans contradictions, il est vrai – le nouveau texte maintenant intitulé :
Hymne de l’Humanité solidaire

Allons enfants de la fratrie,
Les jours d’espoir sont arrivés !
Contre nous de la tyrannie
Les remparts d’argent sont levés ! (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Glapir ces cupides magnats ?
Ils viennent jusque dans nos mas
Escroquer nos fils, nos compagnes.

Refrain
Alarme, citoyens, ouvrez vos horizons !
Chantons ! Chantons !
Qu’un ciel plus pur éclaire nos chansons !

Amour sacré de la fratrie,
Conduis, soutiens les vraies valeurs !
Liberté, liberté chérie
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos vaisseaux, que la mémoire
S’éveille à tes frêles accents !
Que tes ennemis écumants
Voient les vagues de notre espoir !

Refrain

Nous entrerons dans la clairière
Quand les escrocs n’y seront plus !
Nous y trouverons leurs galères
Et les caches de leurs tributs ! (bis)
Acharnés à vouloir survivre
Ils s’arment et cachent leurs butins ;
Mais sous les cadavres et les ruines
S’éveille l’espoir du matin !

Refrain

pp Robert Soustre

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