Appel
Un pouvoir qui matraque la jeunesse est faible et méprisable
Article mis en ligne le 8 mai 2016
dernière modification le 10 mai 2016

par GY
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Un collectif composé de plus de trois cents universitaires, artistes, militants associatifs, lance un appel pour dénoncer violences et dérives policières qui se généralisent depuis l’instauration de l’état d’urgence.

Depuis novembre dernier et la proclamation de l’état d’urgence, l’État de la régression sociale et de la matraque a brutalement accéléré sa décomposition. Sa soumission à un capital piaffant d’impatience de pouvoir exploiter et jeter n’importe qui, quand et comme ça lui chante, est totalement décomplexée. Le nombre de celles et ceux qui, se battant sans courber l’échine pour leur dignité, leur avenir ou, tout simplement, leur quotidien, peuvent être traînés devant les tribunaux, traités comme des terroristes, et, à l’image des Goodyear, condamnés à de la prison ferme, ne cesse de croître. Au même rythme ont progressé les violences policières les plus méthodiques.

La jeunesse étudiante et lycéenne en fait les frais depuis plusieurs semaines, à un niveau de répression proprement délirant. Les trois cents et quelque arrestations lors de la manifestation du 29 no­vembre, à République, contre la COP21 étaient bien un avant-goût. Depuis le 17 mars et l’expulsion violente d’un grou­pe d’étudiants de l’université de Tolbiac, chaque journée de mobilisation des jeu­nes occasionne un crescendo dans les gazages, les matraquages et les interpellations. Quelle honteuse hypocrisie quand Bernard Cazeneuve se dit « choqué » de la violence par laquelle un jeune de 15 ans, du lycée Bergson, à Paris, avait été, le 24 mars, littéralement tabassé par trois policiers surarmés. Le 5 avril, c’est plus de 130 lycéens, après s’être fait gazer et matraquer par des CRS et policiers en civil, qui ont été interpellés avant même d’arriver à la manifestation prévue à Bastille l’après-midi. Quant à ce 14 avril, le nombre de casques, de tonfas, de ga­zeuses et de boucliers destinés à enfermer le cortège parisien pourtant pacifique était tellement important, un drone couvrant carrément la zone, que des passants ont demandé si c’était… une manifestation de policiers. Et le procédé n’est pas seulement parisien. Nantes, Rennes, Lyon, Montpellier, Toulouse etc., l’ont également subi à proportion. Et, bien sûr, les grévistes de Mayotte.

 À partir de quelle quantité de crânes ouverts, de points de sutures, de tirs de flashballs, d’insultes, de menaces, d’arrestations jusque devant les lycées, de gardes à vue, de procès allons-nous ces­ser de tolérer cela ? Combien de Malik Oussekine, combien de Rémi Fraisse finiront-ils par s’autoriser, si nous ne mettons pas un terme à cette mécanique aussi sinistre qu’indigne ? Une telle violence exprime bel et bien l’infini mépris à l’égard de ces jeunes que Hollande avait prétendu mettre au cœur de son mandat. Un pouvoir qui matraque la jeunesse est un pouvoir aussi faible et apeuré que méprisable. Il tremble devant elle, car sa radicalité n’est pas contrôlable. Il sait que sa haine et sa solidarité contre ce qui n’offre que désespoir, misère et régression ne font que grandir, et il n’a pas oublié l’influence déterminante qu’elle peut avoir sur l’ensemble des travailleurs. La façon incroyablement violente dont les CRS ont « accueilli » les étudiants, et arrêté arbitrairement l’un d’entre eux, venus rencontrer les cheminots à la gare Saint-Lazare mardi 12 avril illustre de façon parlante sa hantise à l’égard de toute jonction des étudiants et des salariés.

 Alors que des politiciens, jusque dans les rangs du PS, veulent carrément dissoudre « Nuit Debout », le gouvernement, profitant de l’ambiance entretenue par un black-out aussi complet que complice de la part des grands médias, lâche ainsi quelques miettes, d’un côté, tout en laissant, de l’autre, se succéder des journées saute-mouton qui l’impressionnent peu. En tous cas bien moins que cette jeu­nesse déterminée qu’il cherche, à l’orée des vacances scolaires, à briser par la force.

Quiconque laissera la matraque impunie portera aussi une immense res­ponsabilité. La condamnation de cette violence récurrente devrait être sans appel ; or on est encore bien en deçà du nécessaire. Pourquoi les partis, syndicats, associations en tout genre ou encore des corporations comme les enseignants et universitaires, restent-ils à ce point silencieux à l’échelle nationale ? Il n’y a rien à relativiser ni à nuancer. Il est grand temps de se déshabituer de ce qui n’a aucune justification possible, sinon l’arbitraire des princes de l’État policier et du CAC40. Il est grand temps qu’avec les étudiants, les lycéens, les travailleurs qui se battent non seulement contre un projet de loi inique, mais de plus en plus aussi pour une vie qui ne soit pas une simple survie, nous fassions masse pour y mettre fin.

Premiers signataires :
Ludivine Bantigny (historienne, université de Rouen),
Emmanuel Barot (philosophe, université Jean-Jaurès/mirail de Toulouse),
Christine Delphy (sociologue, CNRS),
Bernard Friot (sociologue et économiste, université Paris Ouest),
Isabelle Garo (philosophe, Paris),
Razmig Keucheyan (sociologue, université Paris IV – Sorbonne),
Stathis Kouvélakis (philosophe, King’s College, Londres),
Eric Hazan (éditeur),
Frédéric Lordon (économiste, CNRS),
Bernard Mezzadri (anthropologue, université d’Avignon et des pays de Vaucluse),
Willy Pelletier (sociologue, université de Picardie). 

P.S. :

Pour signer cette pétition, il faut adresser un courriel à :
stopviolencespolicieres@laposte.net
Les signatures figurent sur le blog :
http://stoprepression.unblog.fr

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