Arthur Lehning (1899-2000)
Article mis en ligne le 1er février 2014
dernière modification le 2 février 2014

par GY
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Le temps semble n’avoir aucune prise sur cet homme si cultivé, émancipateur et antimilitariste.
Né le 23 octobre 1899 à Utrecht (Hollande) et « désertant » le 1er janvier 2000, il incarne un siècle de luttes anarchistes.
Merci aux Éditions du Monde libertaire pour la parution de cette nouvelle brochure*.

Lehning étudie les scien­ces économiques à Rotter­dam, puis à Berlin. Dès 1920, il y rencontre Rudolf Rocker (un des plus importants anarchistes allemands), des anarchistes russes qui viennent d’être libérés des geô­les léninistes, Alexandre Berkman et Emma Gold­man…

En 1922, il est le corres­pondant, à Berlin, du Bu­reau international antimilitariste (Biam), fondé l’année précédente à La Haye. Il devient l’ami de Georg Friedrich Nicolaï (1874-1964), pacifiste rescapé de la Première Guerre mondiale, professeur de médecine et responsable de l’hôpital « Charité » à Berlin. Il ne doit pas être confondu avec Ernst Friedrich (1894-1967), le pacifiste intégral, fondateur, en 1925, de l’Anti-Kriegs-Museum (Musée antiguerre de Berlin, détruit par les nazis et rouvert, en 1982, par son petit-fils**).

En 1923, Lehning écrit Les Racines du fascisme allemand, article prémo­ni­toire, puisque Mussolini vient d’accéder au pouvoir. Il prône déjà la désertion, la grève générale et la résistance non violente (boycott, objection fiscale, refus de collaboration, etc.), afin de supprimer l’État, le capitalisme, le militarisme et les causes de guerre.

En 1924, à Paris, il décou­vre la peinture moderne (expressionnistes, cubistes, futuristes, constructivistes). Il se passionne pour la littérature et l’art abstrait, tout en rencontrant Jean Grave et les libertaires parisiens. Il lance, en 1927, la revue i 10 au titre minimaliste, adaptable en toutes langues. Il y regroupe, jusqu’en 1929, des artistes, dadaïstes, philosophes, architectes et anarchistes, dont la plupart deviendront célèbres par la suite (Mondrian, Kandinsky, Arp, Moholy-Nagy, Walter Benjamin, Jacobus Johan­nes Pieter Oud [De Stijl], Gérard Holt et Gerrit Thomas Riet­veld [Bauhaus], etc.).

De 1927 à 1934, il rédige, avec Augustin Souchy et Hel­mut Rüdiger, le service de presse de la Com­mission inter­nationale antimilitariste (issue de la fusion entre l’AIT et le Biam). Dans les organes anarcho-syndicalistes, il souli­gne que la destruction de l’État reste la condition pré­alable à la construction d’une société émancipée : les travailleurs doivent préparer eux-mêmes la prise en main de leur vie économique.
Entre 1932 et 1935, Leh­ning est au secrétariat de l’AIT avec Alexandre Schapiro, Rocker et Souchy. Il se retrouve en Espagne dès avant le putsch franquiste (Madrid et Barcelone).

Le 17 février 1933, il prononce son dernier discours public en Allemagne (« Le socialisme sans État ») et se réfugie en Hollande, où il dirigera, dès 1935, l’Institut d’histoire sociale d’Amster­dam (qui conserve les ar­chi­ves du mouvement libertaire).
En mars 1939, anticipant l’éclatement de la Deuxième Guerre mondiale, il réussit à transférer une partie des archives à Oxford (Royaume-Uni). En 1941, il travaille à la section néerlandaise de la BBC (département de recher­­ches documen­taires). En 1945, il rouvre l’Institut à Amsterdam, dont la plus grande bibliothèque anar­chiste du monde (plus de 300 000 livres) avait été dévalisée par l’état-major nazi de Rosenberg. Il ob­tient les restitutions, de 1946 à 1947.

De 1954 à 1957, il en­seigne à l’université de Djakarta (Indonésie indépendante) et y crée une bi­bliothèque de 15 000 ou­vra­ges. À partir de 1960, il se consacre à la réédition des œuvres de Bakounine, tout en continuant à appeler à la désobéissance civile et au fédéralisme libertaire.

Il se retire à Lys-Saint-Georges (Indre), tout en participant à des colloques internationaux et en écrivant (plus de 600 titres en néerlandais ou en allemand). En 1997, une journaliste a pu réaliser une interview sonore restée inédite, jusqu’à ce qu’elle parvienne au groupe creusois de la Fédération anarchiste Arthur Lehning, qui nous l’offre avec cette brochure bienvenue.

René Burget

P.S. :

* Arthur Lehning, coordination d’Alayn Dropsy,
Graine d’ananar, 5 €, 66 p.

** AKM, Brusseler Strasse 21, 13353 Berlin.

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