Cabinda
Mpalabanda
La communauté civile contre la pollution et la militarisation du Cabinda
Article mis en ligne le 29 septembre 2005
dernière modification le 27 octobre 2013

par GY
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Le Cabinda et l’Angola accèdent à l’indépendance en 1975, après une lutte longue et sanglante commencée en 1961. S’ensuit une guerre civile entre le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), marxiste-léniniste, soutenu par le bloc de l’Est (via Cuba), au pouvoir depuis 1976, et l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), soutenu par les Occidentaux et la CIA (via l’Afrique du Sud et le Zaïre de Mobutu).

La guerre prend fin en 2002, après la mort du leader de l’Unita, Jonas Savimbi.

En juillet 2004, Mpalabanda mobilisa la population pour une manifestation pacifiste, à laquelle participèrent 15 000 personnes. Il en résulta que l’organisation obtint la reconnaissance du thème des droits de l’homme mais, également, ouvrit des possibilités d’action non-violente à la conscience de la population.

Le 30 janvier 2005, c’est 60 000 personnes qui répondaient à son appel contre la violence et la guerre.

L’or noir, une malédiction pour la population du Cabinda. L’Angola est un des premiers producteurs de pétrole en Afrique, après le Nigeria, la Libye et l’Algérie ; avec 1,15 millions de barils par jour.

Question : y a-t-il un seul de ces pays qui ne soit pas cité dans le rapport annuel d’Amnesty international ?

La société américaine Chevron Texaco exploite le pétrole sans aucun respect pour l’environnement et dans le mépris le plus total des règles internationales. Le fleuve Congo subit une véritable marée noire quotidienne qui tue les poissons. Les populations qui vivent en aval sont des pêcheurs qui se voient ainsi condamnés à la famine ou à l’exil, dans l’ignorance la plus totale de la communauté internationale.

L’Union pacifiste de France et l’Initiative angolaise antimilitariste pour les droits humains ont décidé de lancer ensemble une action urgente de mobilisation internationale pour le respect des droits des humains au Cabinda et contre la pollution de l’embouchure du fleuve Congo en aval des exploitations pétrolifères, dirigées par la multinationale américaine Chevron Texaco, sous la « protection » de ses milices paramilitaires et de l’armée angolaise.

Cette société a créé sa propre ville, Malongo, surnommée « l’Amérique en miniature », munie d’une clôture protégée et entourée d’une ceinture de mines antipersonnelles. Tout autour, la population vit dans une extrême pauvreté, soumise aux exactions des Forces armées angolaises (FAA). Les troupes présentes s’élèvent maintenant à 30 000 hommes, de sorte qu’on compte au Cabinda un soldat pour dix habitants !

Face à cette situation, une organisation de défense des droits de l’homme, Mpalabanda, a émergé de la population locale en 2004. Elle est issue d’une Commission ad hoc des droits humains, qui s’est donnée, en 2002, comme but principal la lutte non-violente contre la guerre, l’oppression, la répression et la corruption.

Une situation qui s’aggrave de jour en jour

Nous ne parvenons plus à avoir Agostinho au téléphone (nous supposons qu’on lui a coupé ses deux lignes). Il ne répond pas plus aux courriels. Des mandats d’arrêt ont été émis par les services de sécurité angolais contre différents membres de Mpalabanda. Il nous est difficile de confirmer cela car toute communication s’avère aléatoire. Un avocat très actif, David Mendès, basé à Luanda, condamne et dénonce fortement tous ces actes au Cabinda et surtout les arrestations en masse des membres de Mpalabanda, qu’il qualifie non seulement d’arbitraires mais aussi de violations flagrantes des lois angolaises. Le Père Jorge Congo a été suspendu par ordre du nonce apostolique Angelo Beccio, ambassadeur du Vatican en Angola. La recommandation du nonce contre le Père Jorge Congo et de fermer sa paroisse, l’une des plus grandes de Cabinda city (la capitale provinciale), acceptée et appuyée par le Vatican, jette de

l’huile sur le feu du conflit au Cabinda. Certaines personnes critiquent cette intervention négative et condamnent cette attitude qui alimente le conflit au lieu de le résoudre.

Il y a un sérieux risque que l’église centrale et la conférence des évêques d’Angola et Sao Tomé perdent toute crédibilité pacifiste, comme intervenants pour calmer les conflits en Angola. Ce qui se passe est vraiment triste, surtout que c’est le nonce Angelo Beccio qui a lancé un appel public aux institutions judiciaires et policières pour la poursuite de la répression contre les présumés "auteurs" de protestations au Cabinda.

Dans la foulée, certaines voix radicales au sein de l’église centrale et proche du pouvoir angolais ont repris cet appel, tout en accusant Mpalabanda d’être commanditaire de la violence au Cabinda et d’avoir incité à la violence les jeunes qui ont agressé Dom Dal Corso, l’évêque de Saurimo, Lunda Sul, administrateur apostolique de Cabinda, depuis début juillet 2005.

Le gouverneur veut l’élimination de Mpalabanda, qui dérange, comme l’unique organisation en Angola ayant un profil et une parole claire dans la lutte non-violente contre la guerre, la militarisation, l’injustice sociale et la discrimination permanente.

Suspendre le Père Jorge Congo, c’est comme vendre sa peau et signaler à ceux qui veulent le tuer, qu’ils peuvent maintenant achever leur œuvre barbare, puisqu’il n’a plus le soutien ou la protection de l’église centrale. Je souhaite vraiment que le pire n’arrive pas au Père Jorge Congo.

Emanuel Matondo

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