Oradour-sur-Glane : les morts ont perdu la guerre !
Article mis en ligne le 5 novembre 2013
dernière modification le 1er février 2014

par la rédaction
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Autrefois, et là je fais de l’obsolescence, les armes portaient des noms humains. Par exem­ple, beaucoup de soldats français succombèrent aux char­mes de la Grosse Bertha. Elle expédiait ses messages d’amour avec des projectiles en ferraille, ce qui était solide. La Madelon, à côté, c’était une misérable pim­bêche, que l’on prenait par la taille ou le menton, ce qui était assez réducteur dans le langage amoureux.

Alors que Bertha était une super nana, une vraie gonzesse, une meuf pour résumer. Ou un canon ! En tout cas, une tombeuse !

Et, à ce propos, je me suis étonné que les plus hautes au­torités aient fêté l’anni­versaire d’Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne) au début du mois de septembre, alors que, tout le monde le sait, l’événement eut lieu le 10 juin 1944. Ce fut d’ailleurs une très belle journée, propice aux évé­ne­ments guerriers les plus nobles, puis­que, ce jour-là, à la Ferté-Saint-Aubin (45, mais on persistait à dire : Loiret), les Boches fusillèrent à peine une centaine de maquisards, comme suite à une dénonciation d’un étudiant polytechnicien infiltré dans un réseau de résistance !

Et, à Issoudun, des patriotes avaient érigé un mât sur la place du marché, le même 10 juin 1944. Ils s’imaginaient que les Alliés marchaient plus vite et ils avaient estimé que le parcours entre la Normandie et le Berry pouvait s’effectuer au pas de charge ! Alors, dès qu’ils voyaient un Boche, ils tiraient dans le tas (les Boches étaient tous gros, ce qui constitue une erreur stratégique, car cela en faisait des cibles plus faciles à repérer).

Toujours est-il que les Issoldunois avaient choisi un grimpeur, qui commençait à hisser le drapeau tricolore sur un genre de mât de cocagne et qui touchait presque au but, quand il fut dégommé lâchement par une pa­trouille de Boches sournois, qui le firent tomber exactement sur une petite fille qui passait par là. Résultat : le héros grimpeur dut être amputé d’une jambe et la fillette demeura paralysée et ne se déplaça plus que dans une petite voiture.

Elle mourut en 1977, comme nous le rappelle notre ami Pierre-Valentin Berthier dans le livre consacré à Issoudun sous l’Occupation.

Si bien que nous eûmes la chance de disposer d’exemples encore vi­vants de la barbarie allemande, avec ce héros amputé d’une jambe et cette fille qu’on poussait, les jours de liesse patriotique, dans son fauteuil roulant.

À peu près vers les mêmes jours, à la ferme de Malassis, près de Reuilly (Indre), un patriote éprouva l’irrépressible besoin d’abattre un Boche. Pour lui voler son vélo !
Bien fait pour sa gueule ! Malheu­reusement le tireur était un rescapé de la guerre d’Espagne et donc tabou pour les anarchistes. Les gens du peu­ple, eux, réclamaient justice en disant : « Un ch’tit Espagnol. » Ils n’avaient pas de conscience politique ! Ils ne sa­vaient pas que les Espingouins (ils les appelaient ainsi) étaient TOUS des héros !

Je reviens à Oradour-sur-Glane. La réfection d’un mémorial a nécessité la révision de la biographie de toutes les victimes.

Il s’est avéré très vite que la moitié des barbares nazis étaient des « malgré-eux » ou « malgré-nous ». Des Alsa­ciens, donc.

Attention, on m’a souvent écrit sur ce sujet ! Mais j’ai la réponse : moi aussi, durant la dure campagne de Sologne, j’étais un « malgré-moi ».

On avait le droit de jouer un Anglais dans Thierry la Fronde, feuilleton télé qui marchait fort en 1964. Ensuite, affecté au ministère de l’Air, pas loin de la Porte de Versailles, j’étais dispensé de la tenue militaire…

Je reviens au pauvre maire d’Oradour-sur-Glane, un certain M. Dé­sour­teaux, dont le véhicule était devenu emblématique et qui avait été élevé au rang de « martyr de la barbarie boche ».

On racontait pourtant qu’il était membre de la Légion des volontaires français.
On racontait même qu’il criait : « Pas moi, je suis pétainiste… »

Ainsi était-il passé du statut de martyr à celui de collaborateur ! Et, probablement, faut-il voir en lui le symbole de beaucoup de familles d’Oradour…

Ma conclusion ?

Je l’emprunte à François Ca­vanna : « Les morts ont encore perdu la guerre ! »

Rolland Hénault

Actus



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