Nous refusons que les jeunes préparent la guerre !
Nous refusons le SNU (Service National Universel)

Pour en parler et s’organiser contre le Service national universel,
le collectif Non au SNU de la région parisienne
organise une réunion publique .
Le samedi 18 novembre 2023 de 14h30 à 17h30
à la Bourse du travail, Grande salle Croisat,
3 rue du Château d’eau, 75 010 Paris.

Depuis sa réélection en 2017, le président Emmanuel Macron œuvre avec constance et détermination au développement de la place et du rôle de l’armée et de la guerre au sein de la société française. Le gouvernement multiplie les mesures et les actions en ce sens. Augmentation exceptionnelle du budget du ministère des Armées et de la Défense tout d’abord, mais aussi, de manière plus insidieuse, militarisation de la jeunesse par le biais notamment du SNU. Toutes les politiques éducatives sont peu à peu colonisées par ces ambitions : mettre au pas toute une classe d’âge, faire taire la contestation sociale ou politique, instiller "l’esprit de défense" et, par l’enrôlement et la discipline militaire, préparer les jeunes, notamment ceux des classes populaires, à la guerre.

Les jeunes : réserve militaire ?

Le SNU, Service National Universel, est un élément majeur de la politique militaire de la France. Emmanuel Macron annonçait, dès 2017, qu’il « permettra[it] de disposer, en cas de crise, d’un réservoir mobilisable complémentaire de la Garde nationale ». Le décret 2020.922 du 29 juillet 2020 crée une « réserve du Service National Universel », dont l’objectif annoncé est de doubler les effectifs des réserves opérationnelles d’ici 2030. Le SNU est ainsi intégré au plan « Ambition armée-jeunesse » initié en 2021 dont l’objectif est, à terme, de recruter de jeunes réservistes.

Le SNU comporte trois phases

La première phase consiste en « un séjour de cohésion » d’une durée de deux semaines dans un département différent de celui des participants. Ces séjours sont effectués en uniforme, largement encadrés par des militaires. Les jeunes participent à la « levée des couleurs » et chantent la Marseillaise tous les matins à 6 h, apprennent à marcher au pas et à se tenir en rang. Rituels empruntés à l’armée à travers lesquels les jeunes doivent éprouver dans leurs corps3 l’ordre, l’obéissance et la discipline militaires. Certains encadrants introduisent le maniement des armes et initient aux techniques de combat. La pratique sportive, les activités d’équipes, les formations aux enjeux de "défense, sécurité et résilience nationales" ou la participation à certains évènements mémoriels visent à développer l’esprit de corps, la « cohésion » mais aussi et surtout l’idéologie patriotique.
La seconde phase du SNU consiste en une « mission d’intérêt général » (MIG) de 84 heures (ou 12 jours minimum), d’un seul tenant ou réparties au cours de l’année. Cette mission peut être réalisée dans le secteur associatif ou dans celui de l’économie sociale et solidaire, dans un service public ou encore dans un « corps en uniforme »4 (armée, police, pompiers...). L’accomplissement des deux premières phases ouvre la possibilité de préparer son code en ligne et de présenter gratuitement son permis de conduire une première fois.
La dernière phase, facultative, dite « période d’engagement » de 3 mois à 1 an pourra être effectuée entre 16 et 25 ans, de préférence dans un « corps en uniforme ». A ce jour, le gouvernement s’en tient à des mesures incitatives mais l’idée d’en faire une condition pour l’obtention du permis, du Bafa ou de l’intégrer dans les calculs de Parcoursup a été évoquée.

« Classes engagées », « reconquête du mois de juin » :
L’intégration du SNU au temps scolaire

Jusqu’à cette année, le SNU se déroulait hors du temps scolaire et les participants étaient volontaires. La plupart sont issus de familles de militaires, souhaitant s’engager notamment dans la gendarmerie. L’objectif aujourd’hui, est de l’intégrer au temps scolaire afin de le rendre, à terme, obligatoire. Ainsi depuis la rentrée 2023, deux dispositifs du SNU coexistent :
 les jeunes entre 15 et 17 ans peuvent toujours s’inscrire individuellement à un séjour de cohésion sur le temps de vacances.
 les « séjours de cohésion » seront aussi organisés « sur le temps scolaire dans le cadre d’un projet pédagogique de classe [au sein] d’une classe engagée ».
Les enseignants en charge d’une classe de seconde ou de première année de certificat d’aptitude professionnelle (CAP) peuvent donc dorénavant déclarer une « classe engagée » sur le temps scolaire. Le lien avec le SNU est loin d’être évident pour les équipes éducatives, car « l’engagement » des classes peut se faire sur des sujets tout autre que la défense : environnement, citoyenneté, sport… même si ces projets incluront automatiquement les deux semaines du « séjour de cohésion », tel que décrit plus haut, auquel l’enseignant référent ne sera même pas tenu de participer. Inscrites dans le cadre du « Pacte enseignant » (dispositif d’accès à des primes via la participation à des heures supplémentaires ou des projets spécifiques), ces « classes engagées » permettront aux enseignants qui les portent d’améliorer leur revenu et d’accéder à des financements. Cela revient donc, indirectement, à exercer un chantage aux moyens. Il s’agit, ni plus ni moins d’assigner aux personnels de l’Éducation nationale le rôle de promoteurs de l’armée et de la militarisation de l’école. Le gouvernement a ainsi annoncé la nomination d’un référent SNU dans chaque établissement.
Et c’est aussi sur le budget de cette administration que sera prélevé le coût du SNU. S’il est généralisé, il coûtera près de 3 milliards d’euros par an selon un rapport du Sénat. Un financement rendu en partie possible par les milliers de suppressions de postes que nous subissons actuellement, les fermetures de classe, la fin de dispositifs autrement plus émancipateurs, alors même que l’école manque cruellement de moyens pour ses missions essentielles d’accompagnement et d’enseignement.
Le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a de plus récemment annoncé, dans le cadre de la « reconquête du mois de juin », l’obligation pour les élèves de seconde générale ou technologique d’accomplir deux semaines de stage d’observation en entreprise, dans l’administration ou au sein d’une association. Celles et ceux qui échoueraient à trouver un employeur les accueillant auront l’obligation de participer au stage de cohésion du SNU. À l’image du stage obligatoire de troisième, ce sont les élèves des milieux les moins privilégiés, disposant de peu ou ne disposant pas de réseau professionnel, qui se trouveront majoritairement dans cette situation. Alors que, d’après les déclarations du ministre, les élèves de certaines filières spécifiques en seront à l’inverse exemptées.

Quand l’idée de « défense nationale » imprègne les enseignements

Si la loi 97-1019 du 28 octobre 1997 a suspendu l’« appel sous les drapeaux » du service militaire, elle a dans le même temps rendu obligatoire l’enseignement de la « Défense nationale ». C’est sur cette loi que s’appuie le gouvernement pour militariser les enseignements. Les références à cette notion inondent aujourd’hui les programmes du CP jusqu’au supérieur, dans toutes les matières.
De plus, sous couvert de financements, de nombreux partenariats sont mis en place entre l’école et différentes institutions dépendant du Ministère des Armées : prix et concours, stages, actions pédagogiques, mallettes d’activités, visites de sites militaires, interventions d’unités de police, de gendarmerie… Là où les enseignants organisaient de manière autonome des projets et sorties pédagogiques, ils se voient désormais incités à se tourner, via le « Pacte enseignant » ou les projets CNR (Conseil National de Refondation) vers des labels comme ceux de la « Classe Défense et sécurité globale » ou « Classe engagée » qui orientent voire limitent leur liberté pédagogique. Ces différents labels sont aussi des leviers, utilisés par le ministère des Armées, pour s’immiscer dans les champs artistiques, culturels et sportifs de l’Éducation nationale.
Au-delà des élèves, ce sont aussi les enseignants et les personnels de l’éducation nationale que l’on forme à la « Défense nationale ». D’une part au niveau de la formation initiale par le biais d’options à valider dans plusieurs INSPE (Institut Supérieur du Professorat et de l’Éducation), et d’autre part au niveau de la formation continue à travers le PNF (Plan National de Formation) où l’Éducation à la défense est inscrite depuis cette année. Des passerelles existent également pour permettre aux militaires à la retraite d’intégrer facilement l’Éducation nationale.

L’armée à l’assaut de l’éducation
Au plus haut niveau, les relations entre l’Éducation nationale et le ministère des Armées et de la Défense s’affirment et s’institutionnalisent. Prisca Thévenot, secrétaire d’État auprès du ministre des Armées et du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, est ainsi en charge de la jeunesse et du SNU. À l’échelle académique, des trinômes regroupant des représentants de l’Éducation nationale, des Armées et des auditeurs ou auditrices de l’Institut des Hautes Études de Défense Nationale ont pour mission de veiller aux enseignements de la mémoire et de la cohésion nationales. Plusieurs protocoles existent entre l’Éducation nationale et le Ministère des Armées comme le protocole interministériel du 20 mai 2016, développant les liens entre la jeunesse, la défense et la sécurité nationale, ou encore celui datant de 2021 sur les « classes défense et sécurité globales » dont le nombre augmente sur le territoire.
Progressivement, l’étau se resserre. À la JDC (Journée défense et citoyenneté), s’ajoute désormais la Commission Armées-Jeunesse (CAJ, qui compte 101 membres dont des syndicats, des organisations de jeunesse et d’éducation populaire), ou l’Observatoire de la Génération Z qui dépend de l’IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire). Leur objectif essentiel est de collecter des informations, d’analyser et de comprendre les jeunes pour permettre à l’armée de les cibler puis de les recruter, en particulier ceux issus des quartiers populaires ou des publics dits fragiles. Dans la même logique, des protocoles resserrant les liens avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ) ont été mis en place. Enfin, certains acteurs de l’éducation populaire s’engagent de manière volontaire dans l’aventure du SNU. Certaines associations de ce secteur, membres du Collectif SNU10, se disent prêtes, dans un courrier récemment adressé au gouvernement, à tout mettre en œuvre, notamment la mise à disposition de leurs locaux, de leur personnel et de leur expertise, pour favoriser la réussite des séjours de cohésion.
Plutôt que de se donner les moyens de réintégrer les jeunes en difficulté, ou d’offrir à chacun de véritables perspectives d’épanouissement, le gouvernement ne leur laisse comme seul projet que l’armée et la guerre.

Le SNU prépare à la guerre

Les dysfonctionnements dans l’organisation des séjours dits de cohésion, les abus de pouvoir et les discriminations, les humiliations verbales ou physiques ont été à plusieurs reprises dénoncées dans la presse. Des aberrations concernant les conditions de travail des personnels encadrants ont également été révélées. Cela ne nous étonne pas. Il y a une incompatibilité fondamentale entre, d’une part, les enjeux guerriers de l’idéologie et des pratiques militaires que prône le SNU, et d’autre part les enjeux de développement intellectuel, social et psycho-affectif des jeunes, qui sont la mission de l’école et de l’éducation populaire.
Nous, professionnels de l’école, du milieu associatif, de l’éducation populaire, lycéens, parents d’élèves, militants pacifistes et antimilitaristes demandons la suppression du SNU. Nous dénonçons l’ingérence progressive des instances militaires dans l’éducation et revendiquons l’indépendance de l’enseignement, de la formation et de l’éducation populaire par rapport à l’armée. Nous ne tolérons plus la novlangue gouvernementale qui se réapproprie et vide de leur sens les termes qui nous sont chers (émancipation, engagement, bienveillance, cohésion...) et qui prive ainsi les enfants et les adultes de repères dans la compréhension du réel. Nous refusons le climat anxiogène et délétère qui préside à cette vaste offensive de militarisation et d’endoctrinement. Nos missions ne relèvent pas de l’embrigadement militaire et sécuritaire, mais de l’éducation réellement émancipatrice où les enfants et les adolescents, les professionnels, ainsi que les parents coopèrent pour construire un futur serein, conscient et ouvert au monde, respectueux du vivant et de chacun. NOUS REFUSONS QUE LES JEUNES PRÉPARENT LA GUERRE !

Le collectif « Non au SNU » de la région parisienne

Ce collectif regroupe des parents, des lycéens, des lycéennes, des enseignants, des enseignantes, des militants et militantes syndicalistes et/ou antimilitaristes.

Pour en parler et s’organiser contre le SNU, le collectif Non au SNU de la région parisienne organise une réunion publique contre le Service national universel.
Le samedi 18 novembre 2023 de 14h30 à 17h30 à la Bourse du travail, Grande salle Croisat,
3 rue du Château d’eau, 75 010 Paris.